

→ Ecoconstruction : extensions en bois paille, tavaillons de châtaignier, doublage en laine de bois
→ Densification de la parcelle
→ Réutilisation des eaux grises pour les sanitaires

Depuis les hauteurs de Pernand-Vergelesses, une vieille bâtisse veille sur les vignes.
C’est la maison d’Agnès et Jacques Copeau, puis après eux, Marie-Hélène et Catherine Dasté, puis après elles Jean-Louis Hourdin, puis après lui, une association qui fait vivre ce singulier domaine. Car cette maison de famille, aux petites chambres, aux papiers peints surprenants, aux masques intrigants et aux bibliothèques pléthoriques est également un lieu de création depuis l’installation dans les années 20 des Copeau et de la troupe des Copiaus. Un siècle plus tard, ce sont des dramaturges, des auteur·ice·s, des troupes qui viennent y trouver de l’inspiration pour créer.
Mais, tandis que les murs se fissuraient et que l’on ne savait plus si on tremblait de froid ou d’avoir croiser un fantôme, ce haut lieu de la création bourguignonne et nationale a entrepris une mue à plusieurs échelles :
> spatiales, tout d’abord, puisqu’elle concerne un site qui associe la maison principale et le pavillon d’entrée, inscrits aux Monuments historiques, aux communs et aux jardins. Afin d’offrir un cadre facilitant le travail de création des artistes en résidence et de fluidifier les parcours visiteurs, le projet crée trois extensions qui s’inspirent d’une typologie vernaculaire viticole : la cabotte. Alors que les Copiaus ouvraient les murs du domaine pour essaimer dans le village et le territoire, dorénavant ce sont les formes architecturales de ce dernier qui s’invitent à la maison et inspirent son évolution.
> patrimoniales et mémorielles, ensuite, puisque ce projet de réhabilitation cherche à valoriser la dimension de « palimpseste » du site : une maison principale largement remaniée et agrandie au XVIIIe siècle pour correspondre à des canons architecturaux classiques, des intérieurs et des jardins qui ont peu changé depuis leur occupation par Copeau et sa famille, à l’exception d’un bâtiment construit par Paul Chemetov à la fin du XXe siècle… Les recherches menées sur les fonds iconographiques, nos échanges avec l’équipe de la maison, l’Architecte des Bâtiments de France et le Conservateur des Monuments Historiques ont permis de préciser les contours de la réhabilitation de la maison principale qui doit être confortée structurellement : absence de chaînages d’angle, poutres s’appuyant sur des linteaux, affaissement des sols…
Au rez-de-chaussée, notre travail vise la restitution de la tripartition d’origine des salons ouvrant sur le grand paysage pour y déployer des espaces de travail pour les artistes en résidence. L’escalier principal est réhabilité ; le volume dans lequel il s’insère est retravaillé pour mettre en valeur les collections de la maison (masques, tableaux).
Au premier étage, les appartements de Jacques et Agnès Copeau nous sont parvenus sans modification majeure. Nous y conservons les papiers peints, parfois déclinés dans les rideaux et les abat-jours ; nous reprenons les sols qui menacent de péril, rénovons la bibliothèque qui s’étend dans toutes les pièces de l’étage pour y accueillir les quelque 7 000 livres récemment inventoriés.
> climatiques, enfin. Le projet s’inscrit dans le périmètre des Climats de Bourgogne, reconnu patrimoine de l’humanité par l’Unesco. Le mot « climat » désigne ici le nom donné à chaque parcelle de vignes selon ses caractéristiques géologiques, hydrographiques et atmosphériques. Le projet de la maison Jacques Copeau s’inspire de cette association de la terre et du ciel remonterait au Moyen-Âge pour offrir un parcours et des résidences naturellement confortables en été comme en hiver. Ainsi les extensions sont-elles construites en bois et paille, leurs façades sont réalisées en tuiles écaillées non pas de terre cuite mais de châtaignier, les tomettes retirées par endroit sont réemployées par ailleurs…
Dans la maison principale, réhabilitation patrimoniale et engagement climatique vont de pair : nous isolons le rez-de-chaussée avec de la laine de bois et les combles avec de la ouate de cellulose, restituons la perspirance historique de la paroi en changeant les enduits ciment par des enduits à la chaux, remplaçons les fenêtres par des menuiseries bois à double vitrage, réparons les volets persiennés, recréons une ventilation mécanique…
En tant qu’architectes, nous travaillons main dans la main avec l’association maison Jacques Copeau, propriétaire des lieux, ainsi qu’avec l’Architecte des bâtiments de France et les Conservateurs des Monuments Historiques pour défendre la vision d’un patrimoine vivant : savant et respectueux des formes du passé que le projet retrouvera, conservera et valorisera ; engagé et précurseur dans la manière d’affronter les problématiques de l’avenir, de la même manière que cette Maison est, depuis 1925, engagée et précurseure dans les enjeux de la création théâtrale.












